
Au terme d'une longue séquence de recours infructueux, les Girondins de Bordeaux se retrouvent dans une impasse à la fois sportive et juridique. Le conciliateur du CNOSF a préconisé, vendredi 14 août, de maintenir la décision de la Direction nationale du contrôle de gestion d'exclure le club de toutes les compétitions nationales. La Fédération française de football a, dans la foulée, indiqué qu'elle estimait l'appréciation de la DNCG fondée et invité le club à s'en tenir à cette décision, sans que son Comité exécutif ne s'y oppose.
Le club avait pourtant présenté ses arguments devant le CNOSF le 5 août, après avoir déjà essuyé deux refus : une première exclusion prononcée par la DNCG le 30 juin, puis un rejet en appel le 15 juillet. L'entrée au capital du fonds britannique Sparta Capital, qui a racheté le club à Gérard Lopez pour un euro symbolique le 31 juillet, et un apport annoncé de 10,6 millions d'euros n'ont pas suffi à inverser la tendance. Selon les sources proches du dossier, ce versement était en outre conditionné au maintien du club dans les championnats nationaux, une condition désormais caduque.
Le club, qui s'est dit « étonné » de l'issue dans un communiqué, avait mis en avant des fonds placés sous séquestre à la Caisse des Dépôts et Consignations ainsi qu'une somme complémentaire déposée auprès de JP Morgan, et affirmait vouloir honorer un plan de continuation couvrant la période 2025-2035, incluant le règlement de quelque 20 millions d'euros de dettes envers des clubs français et des créanciers régionaux. Dix clubs de National 1 avaient cependant contesté la procédure, soulignant que les fonds n'avaient pas été versés avant la date limite fixée par le CNOSF.
C'est sur le plan des procédures collectives que la situation est désormais la plus critique. Le commissaire à l'exécution du plan, en poste depuis juin 2025, pourrait demander au tribunal de commerce la résolution anticipée du plan de continuation adopté à cette date. Ce plan avait permis de ramener la dette du club de près de 100 millions d'euros à environ 26 millions d'euros, après plusieurs années sous la protection juridictionnelle.
Si le tribunal de commerce fait droit à cette demande, une liquidation judiciaire de la SASP des Girondins de Bordeaux pourrait être prononcée. La procédure ouvrirait alors la voie à un appel d'offres de cession. Une telle issue ne garantirait toutefois pas une table rase financière : l'association FC Girondins de Bordeaux, détentrice du numéro d'affiliation et présidée par Jean-Louis Triaud, pourrait conserver à sa charge environ 4,5 millions d'euros de dettes liées à des transferts internationaux ainsi que quelque 500 000 euros d'indemnités de formation, ces créances sportives obéissant à un régime distinct des dettes commerciales intégrées au plan.
Les Girondins disposent encore de quinze jours à compter de l'avis du CNOSF pour engager un recours devant le tribunal administratif sous la forme d'un référé-suspension. Une option que la direction envisageait sérieusement, mais qui ne garantit aucune issue favorable. En parallèle, la Ligue de Nouvelle-Aquitaine doit encore statuer sur la participation effective du club en Régional 1, au sixième échelon du football français, où Bordeaux est pour l'heure inscrit dans la poule B avec une première rencontre prévue le 29 août à Saint-Médard-en-Jalles.
Les enjeux dépassent la seule question sportive. Plusieurs acteurs, dont le vice-président Arnaud De Carli, travaillent à des solutions alternatives pour préserver le numéro d'affiliation et assainir les comptes, quelle que soit l'issue judiciaire. Pour un club fondé il y a plus d'un siècle, sextuple champion de France, la fenêtre pour éviter une liquidation se réduit à chaque journée qui passe.