
Fondée en 1946 à Dijon, Cycles Lapierre franchit un cap délicat à l'occasion de ses 80 ans d'existence. Après information et consultation de son Comité social et économique, la direction a saisi le tribunal de commerce de Dijon afin d'obtenir l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire. L'audience est fixée au 25 août 2026. La société tient à préciser qu'il ne s'agit pas d'une demande de liquidation : l'activité se poursuit normalement, commandes, livraisons, garanties et service après-vente compris.
La fragilisation de Cycles Lapierre tient à deux facteurs conjugués. D'un côté, le retournement du marché du vélo après les années de forte demande liées à la crise sanitaire : baisse des volumes, surstockage généralisé dans la filière et pression accrue sur les marges. De l'autre, la disparition du soutien financier du groupe néerlandais Accell, propriétaire de la marque, placé aux Pays-Bas en sursis de paiement faute d'avoir pu honorer ses dettes ou trouver un repreneur. Cette double contrainte a contraint l'entreprise dijonnaise à envisager seule son avenir.
Le contexte sportif souligne l'ironie de la situation : la marque équipe notamment une équipe du peloton du Tour de France Femmes, dont l'édition 2026 s'achevait précisément début août, au moment même où l'annonce était rendue publique.
La direction souligne que des mesures d'assainissement ont été prises bien avant le dépôt de la demande. Entre fin 2023 et fin 2024, les stocks de produits finis ont reculé de près de 47 %. Sur la même période, la perte d'exploitation a été réduite de 41 % entre 2024 et 2025, et les premiers mois de 2026 montrent une amélioration des marges opérationnelles. Ces progrès restent cependant insuffisants pour rétablir la trésorerie, ce qui justifie le recours à la procédure collective.
L'objectif central de la période d'observation est de finaliser un plan de continuation et d'attirer un investisseur, industriel ou financier, capable d'assurer le financement durable de l'entreprise. Pour créer les conditions d'une telle reprise, la direction a mobilisé un large réseau d'acteurs : la Préfecture, les services de l'État, la Région Bourgogne-Franche-Comté, Dijon Métropole, la Ville de Dijon, les banques partenaires, ainsi que les principaux clients, distributeurs, fournisseurs et partenaires logistiques.
Le directeur général William Perrier a tenu à replacer la démarche dans une perspective volontariste : « Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre. » L'entreprise s'est engagée à communiquer après la décision du tribunal du 25 août, puis à chaque étape significative de la procédure et de la recherche d'un repreneur.