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Fibre Excellence : Saint-Gaudens en sursis, Tarascon liquidée, 85 millions d'euros mobilisés

Fibre Excellence : Saint-Gaudens en sursis, Tarascon liquidée, 85 millions d'euros mobilisés

Par : ProcédureCollective21 août 2026
Placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse fin juillet 2026, la papetière Fibre Excellence voit ses deux sites connaître des sorts distincts : Tarascon est définitivement fermée, tandis que Saint-Gaudens bénéficie d'un délai de reprise jusqu'au 24 août, avec un tour de table financier en cours d'environ 90 millions d'euros.

Dernier producteur français de pâte à papier marchande, Fibre Excellence a basculé en liquidation judiciaire après plusieurs mois de procédure collective. Placé en redressement judiciaire le 27 avril 2026 à la suite d'une déclaration de cessation des paiements intervenue le 15 avril, le groupe n'a pas trouvé de solution viable dans les délais impartis. Le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé la liquidation fin juillet, ouvrant des trajectoires radicalement différentes pour ses deux usines françaises.

Tarascon liquidée, Saint-Gaudens sous perfusion judiciaire

Le site de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, qui employait 270 salariés, a fait l'objet d'une liquidation judiciaire ferme. L'usine de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, a quant à elle bénéficié d'une autorisation de poursuite temporaire d'activité, assortie d'une échéance au 24 août 2026 pour le dépôt d'une offre de reprise consolidée. Le tribunal examinera les candidatures le 8 septembre, en vue d'une décision définitive attendue au plus tard le 15 septembre. Saint-Gaudens emploie 280 salariés et dispose d'une capacité de production d'environ 280 000 tonnes de pâte à papier par an.

Ce sursis fait suite au rejet, le 27 juillet, de l'offre portée par Matthieu Pigasse via Combat Holding, évaluée à plus de 100 millions d'euros. C'est l'entrée en jeu du groupe alsacien Soprema, spécialiste de l'étanchéité et de l'isolation ayant réalisé 5,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, qui a conduit le tribunal à repousser la date limite. La société avait déposé une garantie de 2 millions d'euros, offrant quelques semaines supplémentaires pour structurer un montage financier.

Un tour de table à 90 millions d'euros, un opérateur industriel encore à trouver

Environ 85 millions d'euros sur les 90 millions recherchés seraient désormais sécurisés. Le financement envisagé repose sur plusieurs contributeurs : Soprema et la région Occitanie apporteraient chacun 5 millions d'euros, tandis que le cimentier Vicat et la Caisse des dépôts figurent également au tour de table. Selon des informations confirmées par l'entourage de la présidente de région Carole Delga, 30 millions d'euros seraient destinés à moderniser l'outil industriel existant et 60 millions au développement d'une nouvelle activité dans le domaine de l'hygiène.

Si le volet financier progresse, la question de l'opérateur industriel reste entière. Ni Soprema ni Vicat n'ont vocation à exploiter une papeterie, la fabrication de pâte à papier étant étrangère à leurs métiers respectifs. La région Occitanie mène des discussions actives avec des industriels du secteur, dont un acteur portugais dont l'identité n'a pas été communiquée. L'offre consolidée devra être déposée au plus tard le 24 août, avant d'éventuels échanges complémentaires précédant l'audience du 8 septembre.

Une crise enracinée dans des tensions tarifaires et des coûts en hausse

Les difficultés de Fibre Excellence trouvent leur origine dans une conjonction de pressions économiques. Le coût du bois de trituration, matière première indispensable à la fabrication de pâte à papier, aurait progressé d'environ 50 % depuis 2021. Parallèlement, la baisse du cours de la pâte à papier a réduit les marges du groupe. L'activité de cogénération biomasse, qui produit de l'électricité sur les deux sites, a généré près de 30 millions d'euros de pertes en 2025, selon les indications fournies par les dirigeants.

Au cœur du conflit figurait le prix de rachat de l'électricité par EDF, fixé à 105 euros le mégawattheure à Tarascon et à 120 euros à Saint-Gaudens, dans le cadre de contrats issus d'appels d'offres de la Commission de régulation de l'énergie. Ces tarifs étaient jugés insuffisants par l'entreprise, notamment en comparaison avec d'autres projets biomasse bénéficiant de conditions plus favorables. L'État s'était engagé en juin 2026 sur une revalorisation de 20 % du tarif de rachat, présentée en juillet comme un levier destiné à accompagner une reprise sérieuse. Cette mesure n'a pas suffi à éviter la liquidation de Tarascon.

L'actionnaire du groupe, Jackson Wijaya, avait par ailleurs annoncé son intention de se retirer dès l'ouverture de la procédure collective, laissant entière la question du repreneur. Le sort de Saint-Gaudens, désormais dernière usine française de pâte à papier marchande, concentre désormais l'attention des pouvoirs publics, des partenaires financiers et de l'ensemble de la filière bois-énergie, dont plusieurs acteurs réclament une révision générale des conditions tarifaires qui leur sont appliquées.

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