
Le dossier Fibre Excellence connaît un tournant après plusieurs mois de tensions sociales et de recherches infructueuses de repreneurs. Le tribunal de commerce de Toulouse, qui avait converti début septembre le redressement judiciaire de l'usine de Saint-Gaudens en liquidation judiciaire tout en autorisant la poursuite de l'activité jusqu'au 15 septembre 2026, a fixé au 24 août à midi la date limite de dépôt des offres. C'est dans ce cadre qu'un groupement d'entreprises, incluant le spécialiste français de l'étanchéité Soprema, a transmis une proposition de reprise, selon la région Occitanie et la CGT Haute-Garonne.
Selon le secrétaire général de la CGT Haute-Garonne, Cédric Caubère, un grand groupe européen non identifié reprendrait la branche pâte à papier du site, pendant que Soprema, entreprise familiale basée à Strasbourg, développerait d'autres activités industrielles sur le même site. C'est en réalité l'Agence régionale des investissements stratégiques (ARIS), structure de fonds privés gérée par la région Occitanie, qui a formellement déposé l'offre pour laisser aux industriels le temps de finaliser leur montage financier. Selon les syndicats, cette proposition pourrait encore être améliorée d'ici au 3 septembre, avant l'audience du tribunal prévue le 8 septembre.
Cette annonce intervient après plusieurs mois d'incertitude pour le groupe Fibre Excellence, qui exploitait les deux dernières grandes papeteries françaises de pâte à papier. Placé en redressement judiciaire fin avril après le retrait de son actionnaire indonésien Jackson Wijaya, qui avait injecté près de 300 millions d'euros sans parvenir à rétablir la rentabilité de l'entreprise, le groupe a vu son site de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, liquidé le 29 juillet par le tribunal de commerce de Toulouse. Environ 270 emplois directs y ont été supprimés, entraînant les premières lettres de licenciement économique dès le mois d'août, dans un bassin d'emploi où le taux de chômage dépasse déjà 16 %. Le syndicat Force Ouvrière avait dénoncé l'absence de solution industrielle crédible et réclamé une nationalisation temporaire du site, également classé Seveso, pour garantir sa sécurisation.
Avant l'offre de Soprema, une première proposition portée par le financier Matthieu Pigasse, avec le soutien des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d'Azur, avait été rejetée le 27 juillet par le tribunal, faute d'un projet jugé suffisamment solide sur le plan industriel. Le 30 juillet, la juridiction avait accordé un délai supplémentaire à Soprema pour bâtir un plan de reprise consacré au seul site de Saint-Gaudens. Conformément au Code de commerce, le tribunal devra désormais apprécier l'offre déposée selon plusieurs critères cumulatifs : la continuité de l'exploitation, le maintien durable des emplois, le règlement des créanciers et les garanties financières d'exécution du projet. Une offre ne peut en principe plus être retirée après son dépôt, sauf amélioration allant dans le sens de ces objectifs.
Pour les fournisseurs, prestataires et établissements financiers ayant travaillé avec Fibre Excellence, la procédure de déclaration de créances auprès du mandataire reste indépendante du sort de la reprise : la poursuite de l'activité ne vaut pas paiement automatique du passif antérieur. Les représentants du personnel, de leur côté, devront vérifier précisément le périmètre des emplois repris et les modalités de transfert des contrats de travail une fois le plan arrêté par le tribunal, l'audience du 8 septembre devant déterminer si l'offre du consortium mené par Soprema permet, ou non, de préserver durablement l'activité industrielle du site commingeois.